Un afternoon-tea avec Darius Azarpey à l’Hôtel d’Angleterre de Genève

Véritable poumon de la jeune politique genevoise, Darius Azarpey est le digne représentant d’une bouffée d’air innovatrice et parfois agitatrice. Self-made-man, il a suivi bien souvent ses instincts pour débuter et évoluer dans un domaine qui paraît lui être inné.

A une époque où trouver sa véritable voie est difficile pour la jeunesse, entre vie dorée toute tracée, formatage des études ou encore la volonté de se démarquer en allant à contre-courant pour vivre pleinement… qu’est-ce qui a poussé ce jeune Irano-suisse à franchir les barrières du « tout tracé » et à écouter ses véritables envies ?

Nous le recontrons au Windows, le restaurant de l’Hôtel d’Angleterre à Genève, pour un afternoon-tea.

L’écoute, le contact, le regard vif et conciliant, il nous a livré son image politique et lisse, mais Darius dit aussi à BàM…

La Boîte à Madame : Cher Darius, merci d’accorder de ton temps et d’accepter d’être la première personnalité genevoise à répondre à quelques questions pour BàM. Les gens connaissent ton parcours politique, mais à quel moment as-tu senti cet attrait ?

Darius Azarpey : Depuis que je suis petit, à environ 6 ans. En Iran, les enfants aussi ressentent les conflits, les inégalités sociales et ce qui ne va pas dans la société de manière générale. Tout cela pousse les jeunes à s’engager afin de faire changer les choses et trouver des solutions aux problèmes.

C’est donc dès l’enfance que j’ai commencé à développer cette passion pour la politique. J’ai réellement débuté mon engagement à 17 ans après avoir réalisé que les jeunes ne sont pas forcément écoutés dans ce domaine. Vu mon jeune âge, il était préférable que j’observe et que j’apprenne avant de me lancer afin de venir avec du bagage et de savoir de quoi je parle.

 La politique est-elle innée chez toi ?

Je pense qu’elle est innée chez tout le monde du moment où il y a des interactions dans la société aujourd’hui. A partir du moment où la politesse et le sourire existent, il y a de la politique.

L’engagement politique et partisan est, lui, un outil pour servir sa société.

La société idéale pour moi est simple. Ce sont mes amis, mes proches, toi, Patricia, par exemple, qui s’engagent tous pour la société dans laquelle ils vivent et qui font tous de la politique. Notamment par le biais d’associations ou tout autre moyen pour essayer de trouver des solutions, de résoudre des casse-têtes qu’une petite frange politisée de la population ne peut pas résoudre seule dans le temps qui lui est donné.

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As-tu dû prouver plus en arrivant si jeune dans cet environnement ?

Oui. C’est un environnement dans lequel il est difficile de se faire entendre en tant que jeune. J’ai dû, je pense un peu comme tous les jeunes, me démarquer par des projets et par ma motivation. Je ne vais pas mentir, on n’est pas toujours bien accueilli. Et je ne vais pas brosser mes collègues dans le sens du poil (rires), mais bien sûr, j’ai eu des obstacles à surmonter.

Ma jeunesse a été parfois un handicap. Quand on est jeune, on doit rapidement s’affirmer et montrer quels sont les changements que nous pouvons apporter. Et je pense que mon dynamisme a joué en ma faveur.

 As-tu le sentiment d’avoir bousculé les codes ?

Cela dépend de quels codes on parle. J’ai l’impression, en étant dynamique, tolérant et ouvert, de représenter une politique responsable en favorisant la négociation et les discussions entre les acteurs politiques. Donc si les codes sont de ne pas faire ces choses-là et, au contraire, d’être fermé, dans ce cas oui, j’ai bousculé les codes. Et dans ce cas, je suis désolé pour les codes ! (rires)

Si les codes privilégient un engagement politique après les études et via un parcours traditionnel, je les ai bousculés aussi. Pour moi, la tendance chez les jeunes est justement de commencer à entreprendre tôt. La génération Y doit dès maintenant, à partir de 17 ou 18 ans, avoir des idées et commencer à entreprendre dans son domaine de formation alors qu’il n’a pas encore terminé ses études.

C’est quelque chose que chacun devrait avoir à l’esprit, notamment lors d’un entretien d’embauche par exemple. On ne peut plus simplement arriver et présenter un diplôme en disant « Voilà mon bagage ! ». Les réponses seront toutes les mêmes. Il faut avoir déjà été sur le terrain et faire valoir une ou plusieurs expérience(s) professionnelle(s). Ce qui n’était  pas réellement le cas auparavant.

Personnellement, je suis passé par plusieurs étapes et plusieurs branches au niveau académique. A ce sujet, je souhaite à tous les jeunes qui entreprennent le long chemin des études de trouver leur voie en utilisant le plus de moyens possibles, en prenant leur temps. Il y a toutefois quelque chose qui va réellement et foncièrement mal dans le système actuel suisse. Le système d’échec définitif. Les jeunes doivent pouvoir, tant qu’ils contribuent à la société par leurs impôts ou par leurs actions, utiliser le temps dont ils disposent pour trouver leur voie. Le fait de chercher sa voie pendant une année ou deux ne devrait pas être un obstacle à la continuité de ses études.

Pour ma part, je suis fier de dire que j’ai cherché ma voie et y ait consacré le temps qu’il a fallu. Et je suis heureux de me dire que je l’ai trouvée aujourd’hui.

Il faut savoir suivre ses passions et les exploiter avec force le plus tôt possible afin d’entrer rapidement sur le marché du travail, que l’on continue ou pas ses études. Ceci permet d’acquérir de l’expérience professionnelle. Il faut savoir que l’expérience du terrain vaut autant voire plus que le diplôme de fin d’étude. Mais travaillez quand même ! (rires)

 

T’as t’on toujours accordé de la confiance ?

Oui, bizarrement dès le début ! J’ai beaucoup de chance. J’ai été élu au Conseil Municipal de Collonge-Bellerive et à la Présidence des Jeunes Libéraux-Radicaux. On m’a nommé à la Vice-Présidence de la Chambre de Commerce Iran-Suisse. Tout cela est un signe immense de confiance et je ne m’y attendais pas. C’est tout cela bien sûr qui me pousse à donner le meilleur de moi-même.

Te vois-tu toujours comme un représentant de la « jeunesse » ou penses-tu que le temps est venu de représenter les intérêts des adultes ?

Si l’on parle de la jeunesse libérale-radicale dans le concret et de mon passage au PLR, je considère qu’à partir du moment où l’on s’engage en politique, on fait déjà partie du monde adulte.

 Concrètement, j’ai passé 4 ans auprès des jeunes libéraux-radicaux, je pense y avoir amené ce que je pouvais amener de mieux… Ils m’ont donc assez vu comme ça ! (rires). J’ai vu arriver derrière moi une équipe hyper motivée et compétente et c’était le moment idéal pour moi de laisser ma place, de me diriger vers le parti central et de continuer mon travail là-bas. La jeunesse libérale-radicale mène un combat qui est surtout sociétal, qui se dirige pour la société et pour le bien-être de la population. Ce qui est également le cas au parti central. Mon travail revêt donc la même forme au PLR que chez la jeunesse libérale-radicale.

Quelles-ont été les expériences qui t’on fait mûrir ?

La grande expérience qui m’a fait mûrir fût mon voyage d’Iran à la Suisse. Cela a été l’expérience la plus enrichissante que j’ai eue. De par ce déracinement, en quittant mon pays d’origine pour un autre, même si celui-ci est au premier regard, idéal, je n’avais plus mes amis, ma maison, ma culture. Et je ne parlais pas un seul mot de français en venant ici ! C’est vrai que j’ai dû tout reconstruire, trouver des amis, apprendre la langue et me faire à cette culture pour « devenir un suisse ». Tout cela a pris du temps. Cette expérience est celle qui m’a permis de grandir.

As-tu un modèle ?

J’en avais beaucoup quand j’étais plus jeune. J’observais les autres. Quel que soit le domaine ; la politique et l’économie par exemple. Je regardais les politiciens à la télévision. J’essayais de reproduire et m’en inspirais. Petit à petit et durant les cinq dernières années, j’ai appris que plus on est soi-même, mieux ça fonctionne et mieux nous nous portons. Je fais donc les choses comme j’ai envie de les faire. Et je souhaite aux jeunes de ne jamais me prendre pour modèle (rires) et de suivre leur propre chemin !   

Les efforts que tu as fournis ont-ils toujours eu le bon retour ou as-tu dû surmonter parfois des déceptions ?

Il y a évidemment toujours des déceptions. Il y a des projets qui n’aboutissent pas et des obstacles qui se dressent face à vous. Et souvent des gens qui vous mettent des bâtons dans les roues. Cela arrive et à tout le monde, mais j’ai eu la chance, lorsque j’ai entrepris quelque chose, que cela ait dans l’écrasante majorité des cas abouti. Je suis très fier de ce que nous avons accompli ensemble.

Quels sports pratiques-tu ?

J’ai longuement pratiqué le Karaté. J’ai commencé à 5 ans et demi et ai arrêté à 22 ans. Cela a été une longue expérience sportive et le karaté a été un grand cadeau pour moi. C’est ce qui m’a permis de faire le pont entre l’Iran et la Suisse. Quand je suis venu en Suisse et que j’étais complétement seul, mon club de karaté m’a accueilli les bras ouverts. J’ai d’ailleurs souvent remercié cette discipline. Il y a eu tant de bienfaits, notamment l’aspect zen et tranquille qu’on m’accorde parfois.

Dans un futur parfait, Genève serait….

Genève serait le centre du monde. Aujourd’hui, quand on ouvre une carte, le premier endroit qu’on regarde est Genève (rires). Cette ville a un potentiel immense. Mais c’est un trésor caché. Caché car Genève est une ville qui n’aime pas beaucoup le changement, qui n’aime pas bouger. Je suis persuadé que la génération Y s’investira beaucoup dans la politique genevoise et dans sa société. C’est par ce moyen qu’elle arrivera réellement à faire bouger les choses.

Une Genève idéale serait une Genève respectueuse de l’environnement qui amène du changement au niveau des transports et de son architecture. Une Genève qui arriverait à bouger dans le monde de la nuit et qui donne une place aux jeunes. Je suis persuadé que tous cela sera accompli. Le potentiel de Genève dans la place financière et humanitaire me rend particulièrement optimiste.

Comment vois-tu la génération X, est-elle un modèle parfois ou un exemple à ne pas suivre ?

Ni un modèle ni un exemple à ne pas suivre. C’est un changement générationnel presque du tout au tout. Nous avons des ressemblances et des différences mais nous ne pouvons pas vraiment juger la qualité de ces ressemblances. Par contre, je pense que la génération X est très entrepreneuse. Elle a d’ailleurs fait ses preuves. Aujourd’hui, on voit que la génération Y utilise avec facilité toute la technologie, mais a plus de difficultés à la concevoir. C’est cette génération X qui sait encore la concevoir. C’est aussi la dernière à être encore débrouillarde et à savoir ce qu’est un couteau suisse. Et surtout comment savoir l’utiliser aussi. Dans ce sens, il faut aussi se dire que nous avons beaucoup de choses à retenir d’elle et aller de l’avant avec elle. Il y encore beaucoup de choses que nous ne savons pas encore faire et que nous, génération Y, devons apprendre.

En tant que fils d’un autre pays, quelle inspiration te vient de l’Iran ?

Je parle de façon personnelle, avant de rebondir sur ma vision de Genève face à l’Iran. Il faut comprendre que, si je suis quelqu’un de souriant et optimiste, c’est en partie dû au fait que j’ai passé mon enfance en Iran. Là-bas, tout y est tellement plus gai, les enfants sont heureux, vraiment. L’ambiance et l’environnement y sont propices. J’ai eu la chance de connaître cette innocence et cette poésie apportées par l’Iran. Je peux comprendre que les enfants d’ici, qui connaissent parfois très tôt les jeux vidéo et autres films violents soient peut-être influencés.

Mais au-delà de cela et pour avoir vécu à Téhéran, je me rends compte de cette énorme différence en termes de dynamisme entre les deux pays. Il y a ce côté heureux que Téhéran m’a donné avant que je vienne ici mais il y a aussi cette vision d’une ville très dynamique, qui vit encore à 04h30 du matin, alors qu’il n’existe ni bar ni boîte de nuit. Et bien les rues sont bondée et les gens sont tous dehors, ils font la fête. Effectivement, c’est quelque chose qui n’existe pas ici… Il faudrait essayer de dynamiser la ville de Genève afin de la rendre plus vivante. Bref, de réserver à chaque catégorie d’âge ce à quoi il a droit.

Peux-tu expliquer le phénomène de ces dernières années qui pousse la jeunesse genevoise à quitter le pays notamment pour les études ?

Ce n’est pas une tendance que j’ai remarquée. A mon avis, de tous temps et partout, les jeunes ont quitté leurs villes pour s’ouvrir aux études dans d’autre pays. Ce que je remarque cependant, c’est qu’après leurs études, ils reviennent toujours à Genève, ce qui est plutôt une richesse pour notre ville.

Tu nous donnes tes bonnes adresses fashion ?

H&M. J’y trouve des trucs sympas… et surtout en Iran, une boutique qui s’appelle BOGGI, boulevard Afrique dans le centre de Téhéran…. Je vous recommande d’y aller (rires) !

On te trouve pour un lunch relax chez….

Chez moi… nul part autre que la maison ! J’ai une mère iranienne qui cuisine merveilleusement bien… D’ailleurs, Patricia, tu en feras, je l’espère,  souvent l’expérience !

La ville européenne qui t’émerveille c’est…

Toutes les villes européennes ont leurs caractéristiques et sont uniques. Paris et sa culture, Prague et son architecture, sa culture aussi. J’ai toujours été surpris partout où je suis allé mais je reviens toujours à Genève où il y a quelque chose en plus !!

Le prochain voyage que tu ne manqueras pas sera :

Assurément en Iran, je ne conçois pas d’y déroger. C’est cher à mon cœur de revoir ma famille, mes racines et ma ville.

Et le prochain spectacle ?

Dernièrement, j’ai découvert le spectacle d’un humoriste qui s’appelle Kheiron, au Théâtre de la Madeleine. Son show était extra… Je ne manquerai sous aucun prétexte son prochain spectacle ! Son film à voir absolument : Nous trois ou rien.

Une femme te fascine et t’intéresse parce qu’elle…

Pour être honnête, je n’ai pas le temps… Trop de travail et de mandats, en plus des études. Mais une femme qui me ferait sourire, qui est drôle, sympathique et indépendante.

Un hobby dont tu ne peux te passer.

Le sport. Je cours chaque semaine. Ça me booste… Et ça m’aide pour le boulot aussi.

Une mauvaise habitude qui ne te lâche pas ?

Je mange tout le temps et de tout… J’ai toujours quelque chose dans la bouche. ! (rires) Il faut que j’arrête avant que ça se répercute sur mon physique !

Que souhaites-tu dire aux lectrices et lecteurs de la Boîte à Madame ?

Je souhaite remettre l’accent sur le rôle des jeunes dans notre société. Il faut leur donner leur chance ! Il faut leur dire : « Lancez-vous …entreprenez ! Faites la même chose que Patricia, lancez votre boîte, ayez votre mot à dire ! Ceux qui décideront de la société de demain et qui y vivront, ce sont les jeunes, écoutons-les !»

 Merci Darius et bonne route !

 Faites plus ample connaissance avec Darius Azarpey sur www.dariusazarpey.com

Remerciements à l’Hôtel d’Angleterre de Genève, pour sa participation, son accueil et la qualité de son service ♥

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